A bien observer tous les gens, leur doutes, leurs chemins de croix, leurs mesquineries, leur dos qui se voûte, je ne sais pas ce que je
fous là.
Si je regarde ma femme et puis mon fils qui grandit, jusqu’à ma fille avec ses premières dents, je me demande ce que j’ai fait
là.
Ma bannière, ma peine, mon combat, c’est de vivre avec l’enfance enfuie et d’assumer d’avoir lancé, mes enfants dans le
maquis.
Je n’ai aucun respect pour les dates anniversaires, même si pour mes proches, je donne le change.
Les seules dates rituelles qui me plaisent sont le 1er avril (j’adore cette fête et je trouve que le 1er avril est la plus jolie fête de
l’année) et la date, aléatoire certes, à laquelle je vois la première hirondelle.
J’ai un peu gâché mon 1er avril 2008, à tel point que mes proches (et ce mot est réellement important là) ont cru que j’avais fait une
blague alors que je ne faisais que relater un fait réel entendu à la radio local. A vrai dire, le 1er avril 2008, sans même savoir pourquoi, je n’avais pas le cœur à faire des blagues. Et je
viens de me dire inconscient de ce que j’espère, oublieux de ce que je souhaite, illusionniste de ce que je vis, que je n’étais même plus vraiment impatient de voir la première
hirondelle.
J’éprouve encore de petites joies en me disant qu’il y a un certain nombre d’années, au jour près, je côtoyais telle personne, faisais
telle chose, étais à tel endroit et que c’était bien. Mais il n’est pas question là de célébration et la petite joie reste éphémère, et c’est bien évidemment son seul attrait. Elle s’apparente
plutôt à un petit papier que l’on chiffonne et que l’on jette à la corbeille pour feindre de n’y plus penser…
On les aime parce qu’ils sont faits pour être aimés. Ils sont doux, leurs yeux sont tendres, ils sentent bons et sont avec nous depuis si longtemps, depuis
toujours. Alors, on les aime.
On les aime même lorsque leur poil est usé par endroits, lorsque leurs yeux brillants se rayent à
la longue, lorsque leur couleur ne rappelle plus aucune couleur...
Les doudous, n'ont rien de particulier, ne sont ni beaux ni
laids. Ils accompagnent chez le docteur, sont là lors de la rentrée des classes, empêchent de dormir les fois où ils sont perdus et rendent gais lorsqu'ils sont retrouvés.
Puis, un jour, sans savoir pourquoi, ils disparaissent, s'évanouissent, partent se faire oublier, peut-être parce qu'on cesse de les aimer.
Mais ça, on ne le fait pas exprès. C'est comme ça. Une sorte d'usure.
Et alors, même lorsque on cesse de les aimer, ils ne sont pas malheureux. Ils sont le secret espoir de retrouvailles, et d'amour renaissantes.
Dès que l’on repensera à eux, ils sortiront de leur coffre, de leur armoire, reviendront de l'île où vont et viennent les doudous oubliés.
Combien de litres de peinture ? Combien de kilos de colle ? Combien de feutres ?
Il faudrait quantifier, budgétiser cela, tout ce petit matériel qu'on utilise dès le départ sans y penser vraiment.
Tout commence par là (patouille, machouillages de bouchons et collages) et ce dans le seul but de canaliser la rage de l'expression et de la magnifier, de la
codifier, de l'enfermer peu à peu entre les lignes régulières des cahiers Seyes au moyen de stylos bic translucides...
Telle est la finalité de tout ce matériel que l'on gâche depuis tout petit pour devenir, trouver un métier, une apparence de bonheur dont on ne pourra jamais estimer le prix...
Qui connaît vraiment le prix au kilo de la pâte à sel ?
et j'aime qu'on me le dise